« Le Marteau des Sorcières » – Le guide des Inquisiteurs… 🧹

Le Marteau des Sorcières - Henry Institoris & Jacques Sprenger

Hey ! 👋 Aujourd’hui, je viens vous parler d’un livre écrit au XVe siècle par Henry Institoris et Jacques Sprenger et que vous connaissez peut-être : le « Malleus Maleficarum » ou « Marteau des Sorcières », aux éditions Jérôme Millon 🧹

« Le Marteau des Sorcières, Malleus Maleficarum, a été le bréviaire des chasseurs de sorcières pendant deux siècles à travers toute l’Europe. Michelet en avait bien saisi l’importance, qui notait en 1862 : ‘Aux anciens pénitentiaires, aux manuels des confesseurs pour l’inquisition des péchés succédèrent les Directoria pour l’inquisition de l’hérésie qui est le plus grand péché. Mais pour la plus grande hérésie qui est la sorcellerie, on fit des Directoria ou manuels spéciaux, des marteaux pour les sorcières. Ces manuels ont atteint leur perfection dans le Malleus de Sprenger…’. Michelet précise, en outre, l’emploi de ce livre avec une sûre intuition de la pratique judiciaire : ‘Le Malleus, qu’on devait porter dans sa poche, fut imprimé généralement dans un format rare alors, le petit in-huit. Il n’eût pas été séant qu’à l’audience, embarrassé, le juge ouvrît sur la table un in-folio. Il pouvait, sans affectation, regarder du coin de l’œil, et sous la table, fouiller son manuel…’.

De ce livre, capital pour la compréhension des contagions de sorcellerie du XVe au XVIIe siècle, on trouve des passages chez les démonologues comme Jean Bodin, le médecin Jean Wier, mais point le texte complet, qui apporte sur la vision du monde propre aux inquisiteurs et sur les fantasmes des sociétés médiévales un témoignage d’une richesse exceptionnelle. Amand Danet, qui en a fait la traduction avec scrupule et probité, a rédigé une présentation qui explore les principales voies d’interprétation suggérées par une longue familiarité avec ce grand texte. »

Voilà bien des années que je voulais (essayer de) lire ce livre, pour le rôle qu’il a joué dans la chasse aux sorcières. Je l’ai acheté en 2021 ou 2022, et il a attendu dans ma PAL tout ce temps. Cette année, je me suis dit qu’il était temps de l’en sortir et je me suis lancée, malgré un « résumé » assez… lourd 😶

Et effectivement, rien que l’introduction (qui compte déjà 75 pages) est assez indigeste. Toutefois, on y apprend quelques détails sur les auteurs du Malleus : Jacques Sprenger et Henry Institoris, tous deux très religieux (on s’en doute). Il semblerait que ce soit surtout Institoris qui aurait écrit ce « manuel », mais on ne peut en être sûr 🤷‍♀️

Une fois passée cette « introduction », vraiment lourde à lire mais apportant un minimum de contexte, on se lance dans le cœur du sujet : le Malleus. Et dès le premier exemple, on plonge dans le… « hein ? Quoi ? » 🤔 Il est en effet assez drôle de constater que le tout premier exemple écrit d’un acte de sorcellerie concerne l’impuissance masculine 😆 Et ce sujet reviendra trèèès souvent, en tout cas jusqu’au moment où j’ai laissé tombé ma lecture 😅 (et oui, je n’ai lu que 35 % environ du bouquin).

Les auteurs citent sans cesse les Écritures (normal 🤷‍♀️), certains saints et en particulier Saint Augustin (qui revient fréquemment, normal aussi 🤷‍♀️), mais aussi des philosophes de l’Antiquité, ce qui m’a davantage surprise. Cette période de l’Histoire est tout de même connue pour son panthéon de dieux assez riche 🤔

J’ai tout de même tenté d’avancer ma lecture, malgré les très nombreuses contradictions qui s’enchaînent les unes après les autres. Par exemple, à la page 117 de cette édition, on peut lire que « […] si le diable opère par la sorcière, il opère par instrument et l’instrument dépend de la volonté de l’agent principal. Elle n’agit donc pas d’elle-même dans ce concours. L’action ne doit donc pas lui être imputée et elle ne doit pas être punie. » En gros, la sorcière n’est qu’un instrument du diable, qui l’utilise pour arriver à ses fins. Et la sorcière, n’étant donc qu’un instrument (et donc dénuée de volonté dans ses actes) ne devrait être tenue pour responsable. Autant dire que j’ai été très surprise de lire ce passage, sachant le nombre ahurissant de femmes qui ont été jugées et exécutées pour sorcellerie 🤔 Mais le pire, c’est de lire page 121 que « [les sorcières] sont des instruments vivants et agissant librement. » Ah ? Elles ne sont donc plus sans volonté parce que sous l’emprise du diable ? 🤔 

Les contradictions sont permanentes, et parfois dans le même paragraphe. On lira par exemple que « les démons sont intelligents », et plus loin « les démons n’ont pas d’intelligence » (faudrait savoir 🤔)

J’ai pris note, au cours de ma lecture, de pas mal d’exemples que je ne vais pas préciser ici. Mais il est clair que ça pullule ! Le diable est puissant, mais en même temps le diable ne peut agir sans la volonté de Dieu, qui lui donne sa « permission » (et donc, doit-on en conclure que Dieu serait le principal responsable des actes démoniaques ?) 🤔

Les auteurs stigmatisent la femme, comme par exemple à la page 161 : « […] il y a comme un défaut dans la formation de la première femme, puisqu’elle a été faite d’une côte courbe, c’est-à-dire d’une côte de la poitrine, tordue et comme opposée à l’homme. Il découle aussi de ce défaut que comme un vivant imparfait, elle déçoit toujours. » (Sympa… 😮‍💨) Sprenger et Institoris ne semblent pas se rendre compte qu’ils parlent de l’œuvre de Dieu comme « imparfaite », et pourtant, Dieu n’est-il pas censé être parfait ? Il se serait planté en créant Ève ? 🤔

Par la suite, on aura des pages entières sur la question de la sexualité. En gros, si les hommes sont infidèles, c’est la faute des femmes ; s’ils sont impuissants, c’est la faute des femmes ; s’ils n’arrivent pas à engendrer des enfants, c’est la faute… des femmes 🤪 Quoi qu’il arrive, c’est simple, il n’y a qu’un seul responsable : les femmes 🤦‍♀️

Et évidemment, si un sort a été jeté par une sorcière (sur un homme, une autre femme, un troupeau, n’importe qui ou n’importe quoi) et que ce même sort n’a pas été levé par cette même sorcière, « [ce] sort sera donc permanent aussi là où la sorcière sera partie avant la guérison, soit parce qu’elle a changé de lieu, soit parce qu’elle a quitté la vie. » (page 188). On appréciera l’expression « quitté la vie » pour parler de femmes qu’on a tuées sous prétexte qu’elles étaient des sorcières… et visiblement tuées pour rien puisque cela n’arrête pas les « maléfices » 🤦‍♀️

Je me suis arrêtée à peu près à ce moment, pensant y revenir plus tard (et donc juste faire une pause dans cette lecture plus qu’éprouvante). Au final, après plusieurs semaines sans y revenir, je me suis rendue à l’évidence : je n’avais pas envie de me replonger dans la « plume » tordue, contradictoire, masculiniste avant l’heure, de ces deux « auteurs ». À quoi bon me faire du mal à lire ce livre horrible (et mal écrit) qui a servi d’excuse à toutes les dérives, à des milliers de meurtres de femmes innocentes ? 😤

Je voulais tout de même lui consacrer un article, et je compte aussi garder cet ouvrage dans ma bibliothèque, ne serait-ce que pour garder à l’esprit les conséquences que peuvent avoir les dérives religieuses et les discours masculinistes, encore aujourd’hui. Malheureusement, il m’est difficile, voire même impossible, de conseiller cet ouvrage tant c’est lourd à lire 🫤