Et si on parlait… Éditions Le Héron d’Argent 🫤

Et si on parlait... Éditions Le Héron d'Argent

Bon, bon, bon… Comme d’habitude avec ce genre d’article, je ne l’avais pas prévu, mais avec tout ce qui se passe dans le monde littéraire actuellement, je ne pouvais pas ne pas parler des éditions Le Héron d’Argent et de l’annonce de leur fermeture 🤔

Mais avant de faire le tour de la question sur cette maison d’édition, je pense qu’il est nécessaire de faire un tour rapide et de rappeler le contexte actuel.

On le voit partout sur les réseaux et dans les médias : les jeunes lisent moins, moins longtemps, les ventes de livres baissent, des librairies parfois implantées depuis des dizaines d’années ferment, et encore récemment, un grand nombre de petites maisons d’édition se retrouvent en grand danger à cause de la mise en liquidation de leur distributeur, Makassar. Sans oublier le groupe Eilean Books mis en redressement judiciaire jusqu’à la fin de l’année…

Au milieu de toutes ces mauvaises nouvelles, une lueur d’espoir : après 14 ans d’existence, les éditions du Chat Noir avaient annoncé leur fermeture en juillet 2025 (fermeture qui devait être effective quelques mois plus tard, et dont le site internet restait ouvert jusqu’à la mi-mai 2026). Il était prévu que les contrats d’édition déjà passés seraient honorés, les présences en salons et festival également, et c’est bien ce qui s’est passé. Et puis il y a quelques jours, on apprend que le Chat Noir a plusieurs vies : la ME rejoint le groupe éditorial Salomon, aux côtés des éditions ActuSF. Une excellente nouvelle ! 😊

L’annonce de la fermeture du Chat Noir, dont l’équipe éditoriale était composée de Cécile Guillot et Mathieu Guibé, et… c’est tout. Cécile Guillot reste d’ailleurs partie prenante dans cette nouvelle configuration, ce qui est également une très bonne nouvelle 😊

Pourquoi cet article sur les éditions du Héron d’Argent, alors ? Et bien parce que, en termes de communication, ça ne s’est pas du tout passé de la même manière… Résumons tout ça 👀

Le 11 juin 2026, sur Instagram, est postée une publication annonçant la terrible nouvelle : la maison d’édition, créée en 2014, va fermer ses portes. Dans quelques mois ? Non, dans quelques semaines, à la fin du mois de juin ! 😳 Dans son annonce, une précision est donnée, qui a énormément d’importance. Face au contexte actuel de plus en plus difficile, la décision de la fermeture, évidemment à contrecœur, a été prise en interne le 1er juin. Il est également précisé que les auteurices et les collaborateurices/partenaires pros sont ou seront prévenus par la suite (déjà, là, ça coince…). 

Problème : quand on remonte un peu le fil des publications, le programme éditorial des prochains mois était déjà en place, plusieurs campagnes Ulule encore en cours ou à venir, dont une qui devait être lancée le jour même (donc le 11 juin), et dont l’annonce du lancement avait été faite… le 9 juin 🤔 (là encore, ça coince).

Avec cette annonce choc, on apprend, via les commentaires ou des réactions sur Threads, qu’un certain nombre d’auteurices ont appris la nouvelle… avec la publication Instagram 🤯 L’équipe éditoriale se défend comme elle peut : des mails ont été envoyé en même temps que la publication. En même temps… 🫠 Il semble, de plus, que certains mails se soient perdus en route puisque des auteurices diront par la suite n’avoir rien reçu. 

Quand on lit que la décision avait été prise en interne le 1er juin, pourquoi avoir attendu 11 jours pour envoyer un mail aux personnes concernées ? Pourquoi avoir continué à communiquer autour de futures campagnes Ulule ? À l’heure où j’écris cet article (le 6 juillet), nous n’en savons toujours rien ‍🤷‍♀️

Le 18 juin : nouveau post Insta pour remercier les personnes (apparemment nombreuses) qui ont fait des achats sur le site de la ME, et annonce de prochains posts pour mettre en avant et soutenir les auteurices impacté•es par la fermeture de la ME. Le site internet étant censé fermer le 30 juin, des lecteurices ont certainement voulu exprimer leur soutien en achetant massivement des titres du catalogue de la ME. Ça se comprend, évidemment, mais quand on voit la publication Instagram qui va suivre, on se trouve en droit de se poser quelques questions 🤔

En effet, le 23 juin : « point d’étape ». La ME précise que « depuis notre dernière annonce, la situation a changé ». Encore une fois « merci de votre soutien », et surtout « rien n’est garanti à ce stade, mais cela nous amène à étudier sérieusement plusieurs possibilités ». Des possibilités ? Lesquelles ? Pourquoi ne pas les avoir envisagées plus tôt ? Pas de précisions données, juste ces quelques mots qui, personnellement, m’ont interpellée, surtout quand on met en corrélation ces 3 publications 🤔

Tout d’abord, on annonce la fermeture de la maison d’édition. Tout le monde est triste (auteurices comme lecteurices), et pas mal de monde un peu choqué de la manière dont les choses sont annoncées. Puis « merci de vos nombreuses commandes » qui ressemble davantage à un « merci d’avoir rempli les caisses », mais bref… Et enfin « oh ben finalement peut-être qu’on ne va pas fermer mais pour l’instant on ne dit rien » 🤪

Et c’est là que j’ai décidé de faire un point sur tout ce bazar. Parce que rien ne va dans cette façon de communiquer 🤦‍♀️

À commencer par l’annonce de la fermeture. Pourquoi continuer à mettre en avant de futures campagnes de financement, de futures sorties, plus d’une semaine après la décision de la fermeture ? Pourquoi attendre avant de prévenir, au minimum, les auteurices ? Une jeune autrice indiquait, sur Threads’ avoir signé son contrat éditorial en mars, contrat qui n’aurait donc plus de sens avec la fermeture de la ME fin juin. Pourquoi avoir proposé un contrat éditorial si la situation était si compliquée pour la ME ? Ladite situation ne s’est sûrement pas dégradée à ce point en si peu de temps ! Je ne sais pas si cette jeune autrice a eu des réponses à ses interrogations (plus que légitimes), mais je l’espère pour elle 🥺

Depuis le 23 juin, plus aucune information n’est donnée. De nombreuses personnes commentent les publications, des contributeurices à différentes campagnes de financement attendent (en vain) qu’on réponde à leurs mails (beaucoup n’ont pas reçu les contreparties de précédentes campagnes, certaines contreparties ont été annulées et devaient être remplacées par la ME mais ne l’ont pas été au moment où je rédige mon article), et la ME ne répond à quasiment aucun commentaire, si ce n’est pour dire « nous sommes simplement une équipe à taille humaine »… Oui ? Et ça empêche de communiquer avec les gens ? Certes, les messages doivent être nombreux, presque tout autant que les questions que beaucoup de monde se pose, mais est-ce une raison pour ne plus rien dire du tout ? L’image de la maison d’édition a pris un sacré coup dans le bec depuis quelques semaines, et à raison ‍🤦‍♀️

Absolument rien ne va, dans cette fermeture annoncée. Aucune information légale n’est disponible (telle que l’inscription dans le registre Bodacc). Les seuls éléments qu’on trouve sur la fermeture de la ME, ce sont quelques articles de blog, un article d’ActuaLitté (sur lequel on en apprend pas davantage), quelques mots rapides chez Elbakin, quelques posts sur les réseaux sociaux et… c’est à peu près tout ‍🤷‍♀️ Sans compter le délai extrêmement court, qui fait se poser des questions quant aux finances de l’entreprise.

Alors évidemment, si la ME ferme, c’est qu’à ce niveau, ce n’est pas rose. Mais on a vu d’autres ME fermer leurs portes ces dernières années (Noir d’Absinthe, Magic Mirror, ActuSF et le Chat Noir avant leur reprise, entre autres), et à chaque fois, il a fallu plusieurs mois avant qu’elle soit effective. Et c’est normal : il faut écouler les stocks de livres, faire le point sur les comptes, et verser ce qui est dû à la fois aux auteurices et aux collaborateurices de la maison d’édition (par exemple les correcteurices ou les illustrateurices, entre autres). Ce qui… ne semble pas être le cas ici, puisque j’ai vu passer certains posts sur Threads qui vont dans ce sens 🤔

Au final, personne ne sait réellement ce qui se passe. Enfin, pas si l’on en croit un certain auteur qui disait avoir « des réponses » sur Threads, réponses qu’évidemment il ne pouvait (ou ne voulait) pas divulguer… Cet auteur n’a d’ailleurs pas apprécié quand je lui ai fait remarquer que la communication plus que bancale de la maison d’édition ne jouait pas en sa faveur et n’inspire pas du tout confiance, que la ME ferme effectivement ou pas.

Il faut dire qu’avec toute cette précipitation (annonce de la fermeture puis « peut-être que non » en 2 semaines), des questions légitimes se posent : réelles difficultés poussant à la fermeture quasi immédiate ou coup de pub pour faire entrer de l’argent rapidement dans les caisses ? Et si oui, comment la ME compte continuer par la suite ? Parce que ce genre de pratique ne dure qu’un temps : après le mouvement de solidarité envers la ME et les auteurices, les lecteurices ne vont pas passer commande chaque mois juste en soutien. Un tel fonctionnement ne serait pas viable du tout, à court terme 🤔

Beaucoup de questions, donc, sans parler du reste : un site internet qui devait fermer au 30 juin mais qui, le 9 juillet, est toujours bien ouvert, une campagne Ulule sur le point d’être lancée (« lancement imminent » sur le site Ulule d’une campagne « Flammes & Mirages » pour 6 nouveaux romans dont la ME n’a jamais parlé, quand la campagne pour le roman de fantasy « La Guilde d’Outremonde » de Thibault Dérioz qui devait démarrer le 11 juin, annoncée sur le compte Instagram de la ME, n’est pas référencée sur Ulule 🤔), le tout alors que la ME est censée fermer, et est même censée l’être déjà depuis plusieurs jours si on en croit la publication du 11 juin, mais qui ne le sera peut-être pas vu le « point d’étape » du 23 juin… 🤪

Bref, des informations contradictoires, des questions sans réponses, des auteurices a priori pas payé•es, ça fait quand même beaucoup, surtout pour une maison d’édition qui existe dans le paysage éditorial depuis 12 ans ! Même « à taille humaine », je dois dire que le fonctionnement de cette ME m’interpelle. Enfin, surtout sa communication 🤔 Je ne suis pas particulièrement attachée à leur travail éditorial (je ne possède qu’un seul de leurs ouvrages), mais je suivais leurs sorties encore jusqu’à récemment, histoire de me tenir informée. Et quand j’ai vu leur communication autour de cette fermeture (ou pas) annoncée, j’ai décidé de m’intéresser davantage à la suite. Et pour l’instant… Et bien on ne sait rien ‍🤷‍♀️ Et c’est bien le problème ! 

Je suis peut-être naïve, mais je pars du principe que quand on dirige une entreprise, quelle que soit sa taille, et que des personnes en dépendent, on a des responsabilités à tenir. Quand on a des clients, idem. Et je ne peux que faire le constat que ces responsabilités, dans le cas du Héron d’Argent, ne me semblent pas du tout assumées, au contraire. Leur communication est vraiment mauvaise, et n’inspire pas du tout confiance. En tout cas, personnellement, si la maison d’édition devait finalement rester debout, j’irai pêcher mes livres ailleurs 🚩

Je mettrai évidemment cet article à jour si de nouvelles informations devaient tomber à un moment. On ne sait jamais ‍🤷‍♀️