
Hey ! 👋 Aujourd’hui je vous emmène dans les années 70, en Floride, en compagnie de Grady Hendrix. Parlons un peu de « Witchcraft for Wayward Girls », ici dans son édition exclusive Barnes & Nobles 🏡
🇺🇸🇬🇧 « They call them wayward girls. Loose girls. Girls who grew up too fast. And they’re sent to the Wellwood House in St. Augustine, Florida, where unwed mothers are hidden by their families to have their babies in secret, give them up for adoption, and most important of all, to forget any of it ever happened.
Fifteen-year-old Fern arrives at the home in the sweltering summer of 1970, pregnant, terrified and alone. Under the watchful eye of the stern Miss Wellwood, she meets a dozen other girls in the same predicament. There’s Rose, a hippie who insists she’s going to find a way to keep her baby and escape to a commune. And Zinnia, a budding musician who plans to marry her baby’s father. And Holly, a wisp of a girl, barely fourteen, mute and pregnant by no-one-knows-who.
Everything the girls eat, every moment of their waking day, and everything they’re allowed to talk about is strictly controlled by adults who claim they know what’s best for them. Then Fern meets a librarian who gives her an occult book about witchcraft, and power is in the hands of the girls for the first time in their lives. But power can destroy as easily as it creates, and it’s never given freely. There’s always a price to be paid…and it’s usually paid in blood. »
🇫🇷 « Enceinte à seulement quinze ans, Flore est envoyée à Wellwood House. Au cœur d’une sombre forêt, ce manoir est une institution où les familles placent des adolescentes pour qu’elles accouchent en secret et abandonnent leurs bébés.
Derrière les hauts murs de cet inquiétant établissement, ces filles perdues et rebelles mènent une vie où chacun de leurs gestes est contrôlé. Coupées du monde extérieur, elles doivent obéir au doigt et à l’œil à des adultes cruels et chaque journée est un calvaire.
Jusqu’au jour où Flore découvre un véritable manuel de sorcellerie. Intriguées, les jeunes filles commencent à pratiquer des sorts. Elles découvrent alors un pouvoir incroyable… et la possibilité de se venger. Mais rien n’est jamais donné gratuitement. Il y a toujours un prix. Et à Wellwood House ce prix sera payé par le sang… »
Je vais essayer de rester calme, mais je dois dire que ce roman (qui a été un coup de cœur) m’a beaucoup énervée 😤
L’auteur, a priori uniquement dans cette édition Barnes & Noble, explique pourquoi il a écrit ce roman, qui n’est pas dans ses habitudes d’écriture puisque pas vraiment horrifique. Enfin, ça, c’est ce qu’il dit, mais j’y reviendrai. Il raconte, donc, qu’un jour, une femme de sa famille a avoué être tombée enceinte lorsqu’elle était jeune, et qu’elle avait été envoyée dans ce genre de maison où on envoyait les jeunes filles qui avaient « fauté ». Plus tard, une autre femme de sa famille a fait ces mêmes révélations, poussant l’auteur à s’interroger, puis à écrire ce roman. Je n’avais pas ces informations avant de commencer ma lecture, mais appréciant déjà énormément l’auteur, je voulais lire ce roman, et en VO si possible. Une de mes connaissances faisant un petit séjour à New York, j’en ai profité pour lui demander de me ramener cette édition 🥰
Et quelques semaines plus tard, je l’ai sorti de ma Pile À Lire, et je suis entrée de plein fouet dans l’horreur : horreur de voir à quel point on traitait mal ces jeunes filles, à quel point elles étaient innocentes, peu éduquées, culpabilisées par leur famille et la société en général. On leur reprochait d’avoir mal agi, d’avoir apporté la honte et l’infamie sur le famille, mais on ne leur apprenait rien. La sexualité était un sujet tabou, que même les femmes entre elles n’abordaient pas, et encore moins au sein même des familles. Des jeunes filles se retrouvaient enceinte parce que manipulées par un (plus ou moins) jeune homme, abusées, ou à cause tout simplement de leur ignorance mais parce que l’amour avait parlé, de leur côté comme de celui du futur père. Mais que le jeune homme soit « prêt à prendre ses responsabilités » ou pas, on rejetait systématiquement la faute pleine et entière sur… les filles. Pourtant, pour faire un enfant, il faut être 2, non ? 🤔 Les jeunes garçons en faute (et les hommes abuseurs encore moins) n’étaient jamais mis en cause. Si une jeune fille se retrouvait enceinte, c’était uniquement sa faute, elle n’avait qu’à pas « ouvrir les cuisses »…
Bref ! On souffle un bon coup, et on continue 😤
Grady Hendrix explique avoir hésité à écrire ce roman car n’étant pas « horrifique ». Pourtant, la façon dont sont traitées les jeunes filles à leur arrivée et pendant leur séjour à Wellwood House est simplement horrible. Tout d’abord, on leur donne un nouveau prénom. Leur identité n’existe plus, elles n’ont le droit de parler de leur nom, de leur quotidien, de leur famille, de leurs amis, bref, de leur vie, à personne. C’est la règle numéro 1 et la plus importante. Un déni total d’identité qui ne fait qu’ajouter à leur « faute » : puisqu’elles n’ont pas su se retenir, elles sont punies et n’ont plus le droit d’exister en dehors du quotidien du manoir, constitué de passages dans le cabinet du médecin (un homme très… particulier), de lessives le dimanche, des cours adaptés à leur niveau le reste de la semaine. Pas le droit de sortir en dehors du terrain du manoir, pas le droit de s’en éloigner, d’aller se promener en ville. Personne ne doit les voir, si ce n’est les quelques personnes autorisées. Les seuls moments où elles ont le droit de sortir du périmètre, c’est pour aller accoucher. On ne leur explique évidemment rien, elles se retrouvent avec des restrictions alimentaires sur ordre du médecin mais ne savent jamais vraiment pourquoi. On les traite à la fois comme des enfants et comme des « choses » honteuses 😔
Je vais m’arrêter là mais sachez que, dans ce roman, ce n’est qu’une toute petite partie de ce qu’elles vivent. Fern (Flore dans la VF), Rose, Zinnia et Holly ont chacune leur propre histoire, et c’est clairement Holly qui m’a fait le plus de peine 🥺 Son histoire est malheureusement celle de beaucoup trop d’enfants, et elle m’a brisé le cœur 💔
L’auteur a donné une réelle identité à ces jeunes filles, leur a octroyé une voix, et elles ont beaucoup à dire. Fern est un peu naïve mais pleine de bonne volonté, Zinnia s’avère une jeune fille complexe, Holly a vécu des choses extrêmement difficiles, et Rose, ma préférée, une jeune fille rebelle, forte, avec beaucoup de caractère. Elles vont tenter de sauver l’une d’entre elles à l’aide de la magie et vont vivre tellement de choses, ensemble ou séparément ! Parce que la magie semble bien présente, mais elle a toujours un coût 😶
J’ai avalé page après page de ce roman, en colère, en larmes, prenant des tonnes de notes sur mon téléphone pendant ma lecture pour « exorciser » mes ressentis. J’ai souffert avec ces filles, ri avec elles, pleuré avec elles, eu peur avec elles. Leurs histoires et celles de tant d’autres jeunes filles m’ont énormément touchée 🥺
Concernant le rythme du récit, il ne faut pas s’attendre à énormément d’action. On suit, après tout, des jeunes filles enceintes qui vivent leur quotidien comme elles peuvent, en essayant de faire mieux et de se construire un avenir plus radieux. Pour autant, il faut s’attendre à certains passages plutôt difficiles à lire, des scènes sanglantes, où l’auteur entre dans les détails sans épargner les lecteurices. Je l’en remercie toutefois, ces passages étaient, à mon sens, absolument indispensables 🥺
Il m’est très difficile de parler de ce roman sans entrer dans les détails des histoires de chacune des filles. Toute l’horreur de ce roman réside dans sa réalité, pas dans le fantastique. Parce que l’horreur n’est pas forcément dans les monstres ou les récits fantastiques. L’horreur, c’est aussi la vie réelle, sans artifices ni créatures d’un autre monde. L’horreur, c’est aussi le quotidien de jeunes filles qu’on n’éduque pas, qu’on ne soutient pas, qu’on ne croit pas, qu’on n’écoute pas et à qui ont fait porter l’entière responsabilité de leurs propres actes, mais aussi et surtout de ceux des autres. L’horreur, c’est ce qu’on leur a fait subir, et ce qu’on fait subir à beaucoup trop de femmes encore aujourd’hui. L’horreur est là, sous nos yeux 🥺
J’ai eu un coup de cœur pour ce roman parce qu’il raconte la réalité, sans l’édulcorer, sans la cacher sous le vernis du fantastique qui nous fait peur mais qui cesse de le faire quand on ferme le livre. J’ai aimé que l’auteur soit aussi franc, aussi direct, mais qu’il n’oublie pas pour autant de mettre un peu de chaleur, de couleurs et de joie dans son récit. Parce que la vie, même si elle peut parfois être horrible, peut aussi rapprocher des personnes qui, sans l’horreur, ne se seraient jamais rencontrées. Et ces rencontres sont, peut-être, les meilleures choses qui pouvaient arriver 🫂
🐻🐻🐻🐻🐻❤️/5

